"Le monde visible", Dana Schutz
- Margaux Verdier
- 20 nov. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 déc. 2023
6 octobre 2023 -11 février 2024, Musée d'Art Moderne, Paris 16 ème
Artiste peintre vivant actuellement à New York, elle explorera différentes phases dans son Oeuvre avec une grande polyvalence des médiums, dont la sculture qui apparait comme une prolongation de son geste pictural dans la matière.
L'exposition regroupe une 40aine de tableaux, une 20aine de dessins et gravures et 7 sculptures le tout datant depuis les années 2000.
"Situations hypothétiques et corps improbables" sont les maitres mots de cette rétrospectives.

1. Avant propos
C'est la première fois que le travail de cette grande artiste américaine est montré avec une telle ampleur en France.
Vous retrouverez au MAM ses histoires fantastiques post-apocalyptiques aux protagonistes montrueux.
Eslle traite avec son art de sujets d'actualités, du chaos et de ce qu'il reste après cette fin du monde. Ce qu'il y aurait à reconstruire dans cet après, de ce qu'il reste et comment les personnages vivent dans ce brouhaha visuel.
La plus-part sont mi-Hommes mi-objets, commes des cyborgs, ils se mangent eux même tout en reconstruisant leurs membres dans de nouvelles matières, des objets métalliques trouvés sur le sol.
2. Un joli chaos
Elle adoptera au début de sa carrière une direction amplement colorée, avec des tas de détails, des éléments de décor naturalistes, et des personnages à l'allure humaine qui prennent place souvent en pleine nature.

Nous pouvons facilement la retrouver dans ces protagoniste à travers l'image de celui qui construit, elle-même créant quelque chose, une oeuvre, ces figures sont égalemen en train de créer, toujours imaginer et faire avec ce qui se trouve à leur disposition, modeler avec soi-même.
La plus part du temps ses tableaux traitent de problèmes, comme une carricature premièrement assez douce visuellement, son univers divaguera ensuite rapidement vers quelque chose de bien plus sombre et dérangeant; aussi bien de dérangé.
Elle ne cherchera pas à rendre ses humains beaux ou conformes aux normes, bien au contraire, elle se placera comme une satire de notre politique et société.
Dans celui ci-dessus, réalisé lors de ses études, elle cherche à se poser la question de quel tableaux le musée d'Orsay ne ferait pas adapter en t-shirt; l'Origine du monde, de Manet, évidemment.
Elle peindra aussi Fanatics (photo 1 ci-dessous), en référence aux rassemblements qui se sont produits au moment de l'élection de Donald Trump aux Etats Unis.
Men's retreat (photos 2-3), qui se moque de riches hommes d'affaire en costume qui arrivent dans une jungle et prendraient alors les activités et codes des populations locales de ce lieu.
Dana Schutz se place en dénonciatrice de cette adulation pour le gout de "l'exotisme" dans les yeux des colons blancs du début du 20eme siècle. "L'Exotisme" est un terme utilisé pour décrire ces peintures extra orientales et qui se trouve toujours être problématiques de nos jours par ces consonnances fétichisantes pour les populations racisées.
Nous pouvons y voir au premier plan un homme nu en train de se faire maquiller, tandis que les autres derrière lui avancent aux milieu des hautes herbes et branches, les yeux bandés avec des instruments de musique, sans oublier en arrière plan sur la gauche où un groupe d'homme nus se chevauchent.
Toute cette mise en scene visent à les rendre ridicules.
3. Dystopie fracassante
Au fil de notre déambulation nous remarquons un changement radical d'ambiance.
En effet l'américaine est bien plus connue pour ses immenses toiles semblables à des fresques, au caractère sombre et dérangeant.

"Le meilleur moment en peinture c'est lorsque l'on n'est plus conscient"
C'est alors que nous entrons dans un monde au ciel noir et rouge avec des nouveaux protagonistes qui sont plus monstrueux et déproportionnés, aux visages satiriques et moqueurs, rappelant les muppets avec cet aspect de marionette aux trop grandes têtes et membres bouffis.
Malgrè tout, ses tableaux explosent de couleurs ce qui participe à nous donner un sentiment d'étrangeté.
Les protagonistes sont perdus au mileu du noir mais sont eux-même très colorés.
On cherche à imaginer les gens après la fin du monde, de ce qu'ils font dans ce chaos, en train de reconstruire; un groupe de personnage qui tente d'agir ensemble tandis que tout s'écroule.
Dana Schutz voit d'ailleurs ses tableaux comme des constructions qui mélangent un espace public et privé, où le tableau lui même existe dans un espace public, mais également dans la toile même, souvent séparée en différents espaces.
"Peindre c'est construire un espace"
Quant elle parle de ses oeuvres, pour les décrire c'est assez compliqué, ils sont des portraits et des paysages post-apocalyptiques, plutot expressionistes.
Elles expriment une idée ou un sentiment, selon elle, la peinture peut être un endroit pour discuter mais elle ne donne pas forcément de réponses.
"Je cherche la réponse qui ne me fera pas passer pour une folle"

Elle dit de l'art qu'il peut s'éteindre ou prendre forme selon le spectateur, le contexte d'exposition etc...
Une pièce d'art est alors mieux dans l'espace, quand elle fait vraie, quand on la ressent.
"les tableaux aussi des fois s'imaginent être des être humains"
Elle ne pense pas à son public et échange avec les toiles comme avec une personne seule qui les regarderait même si elles sont très grandes, comme des fresques pour certaines.

Une exposition à voir, d'une grande qualité qui nous en met plein les yeux en plus de la généreuse quantité de créations.
A la fin vous trouverez également une video de 5-10min de l'artiste (de laquelle sont tirées les citations dans l'article) qui parle plus profondément de son processus de création en plus de nous aider à nous lier avec la personne derrière tout cet univers et de le prendre davantage d'affection.
Bon point bonus pour la très bonne explication de quasiment toutes toiles sur ce qu'elles représentent, ce fut vraiment agréable d'avoir enfin des cartels plus que fournis au sujet des oeuvre et pouvoir les comprendre réellement.
Lien du site du Musée d'art Moderne :































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